Forêt de Chateauroux – ©Yaëlle Szwarcensztein / ONF-Agir pour la forêt

Des avancées dans l’étude des insectes dépréciateurs du chêne

Les partenaires impliqués dans l’étude menée sur les insectes dépréciateurs du chêne dans les forêts ligériennes se sont retrouvés sur le terrain le 18 mars 2026 : l’occasion de partager de nouveaux résultats, utiles pour lutter contre la piqûre.

La piqûre du chêne : une menace sérieuse pour la filière bois

Provoquée par des insectes, des scolytes ou des espèces proches, qui forent des galeries dans le bois où ils cultivent des champignons dont s’alimentent leurs larves, la piqûre ne tue pas l’arbre. Cependant, elle entraîne une dépréciation de la qualité du bois, susceptible de le rendre impropre aux usages de haute qualité, dégradant ainsi sa valeur économique.

Mieux connaître les différentes espèces à l’origine de la piqûre, identifier les facteurs qui modulent leur abondance et leur agressivité, évaluer les altérations du bois et les prévenir : autant d’enjeux cruciaux pour l’avenir de la sylviculture, confrontée à des dépérissements de plus en plus nombreux causés par le dérèglement climatique.

Ainsi, en 2023, a débuté le projet « Dépréciateur », porté par l’ONF, en partenariat avec l’Université d’Orléans et l’INRAE, soutenu par Courvoisier SAS, dans le cadre du mécénat. Il consiste à étudier les insectes et les champignons associés responsables de la piqûre dans neuf forêts du bassin de la Loire.

Vers plus d’efficience méthodologique

Le 18 mars 2026, les équipes de l’ONF, du Fonds ONF-Agir pour la forêt, de Courvoisier SAS, de l’Université d’Orléans, de l'INRAE et du Département de la santé des forêts (DSF) se sont retrouvées pour partager les nouveaux résultats de l’étude dans les locaux de l’INRAE à Orléans, avant de se rendre en forêt de Châteauroux, sur un des sites où ont été effectués les expérimentations et prélèvements utiles à l’étude.

Pour identifier plus précisément les espèces présentes dans les arbres malades, sans altérer le bois pour aller les récupérer, des prélèvements de frass ont été effectués. Le frass est un mélange de sciure et d’excréments expulsé hors du bois par les agents de piqûre lors de leur activité de forage. Afin d’utiliser ce frass pour du diagnostic de détermination, une technique d’ADN environnemental a été développée. Elle a permis d’extraire et d’amplifier l’ADN des différentes espèces présentes dans le frass, et donc dans l’arbre victime de piqûre. Les premiers résultats issus de cette méthode, plus rapide et moins coûteuse que les procédés classiques d’observation, sont très prometteurs.

En parallèle, une approche plus classique de suivi a été mise en place dans la forêt de Châteauroux. Des arbres plus ou moins dépérissants ont été abattus et mis sous nasse immédiatement ou après un délai de plusieurs mois. Les nasses permettent de collecter les insectes ayant colonisé les arbres sur pied ou les grumes exposées. Au sein des échantillons étudiés, on constate que, si les arbres sains n’étaient pas indemnes de piqûre, les espèces les plus problématiques étaient principalement présentes sur les arbres dépérissants, ce qui confirme leur préférence pour les arbres en souffrance.

Développer un savoir partageable sur les dépréciateurs

L’analyse des prélèvements effectués sur le terrain a permis de déceler la présence d’une dizaine d’agents de piqûre, qui se nourrissent d’aubier et de bois de cœur, et d’une quinzaine de cambiophages du chêne, qui se nourrissent des tissus situés entre l’écorce et l’aubier. Parmi ces espèces, la plupart sont natives. Trois espèces en particulier, le platype et deux types de xylébores, provoquent des dégâts importants dans le bois de cœur ou duramen, partie privilégiée pour différents usages comme la tonnellerie, la parqueterie, la menuiserie et le bois d’œuvre, en raison de sa résistance et de sa durabilité.

Les derniers mois de l’étude, d’ici fin 2026, seront consacrés à l’étude des variations météo-climatiques sur le comportement des insectes responsables de la piqûre. Pour relever les données nécessaires, des capteurs, fabriqués selon des critères de réplicabilité, de modularité, de pérennité et d’indépendance, ont été disposés sur le terrain, inscrivant l’étude dans la démarche d’open science qui favorise le partage des découvertes.

L’objectif est de pouvoir produire un calendrier des périodes favorables à la présence des diverses espèces de dépréciateurs afin d’anticiper les attaques sur les arbres et d’intégrer ces données dans les actions de sylviculture.